Milking Journey – La traite appréciée par les vaches

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27 mars11:18

Un entretien avec Paul Peetz

À première vue, le cycle d'une traite robotisée semble composé d’étapes simples et distinctes : entrée des vaches, brossage, pose des manchons de traite, traite, pulvérisation-désinfection, puis sortie des animaux. Mais ce processus est une interaction complexe entre l’animal et le robot de traite combinant une stimulation physique, sensorielle et hormonale des animaux et la génération et le relevé de données numériques liés à la technologie des équipements. Chaque vache est unique et ses propres besoins varient d'un jour à l'autre. C'est pourquoi nous devrions nous poser régulièrement la question de savoir comment elle ressent et vit le moment de l’entrée dans le box de traite.

Machon

Milking Journey

Explications de Paul Peetz, Milking Technology Manager chez Lely, particulièrement passionné par son métier. Fort de plus de trente ans d'expérience dans le secteur de l'élevage laitier, il est considéré par de nombreux professionnels comme une référence en matière de technologie de traite. Quiconque discute avec lui remarque rapidement qu’il raisonne toujours en tenant compte de chaque animal et parvient à traduire ses réactions biologiques en solutions techniques et en données.

« Mieux vous connaissez l’individualité de votre vache, » explique-t-il, « plus vous pouvez exploiter son potentiel sans nuire à sa santé. »

Il nomme cela « The Milking Journey » : un cycle de contrôle, de précision, de traite complète, de soins et de rapidité – chaque jour et à chaque traite avec chaque robot Astronaut.

« Ce robot de traite nous permet de traire les vaches comme le faisaient nos anciens, mon grand-père, par exemple, » explique M. Peetz. « À genoux, à proximité du corps de la vache, en accordant une attention particulière à chaque animal et chaque quartier. La différence c’est qu’aujourd’hui, nous nous appuyons sur la technologie et les données, nous permettant d’accorder une attention accrue et plus de précision. Nous parvenons donc à mieux comprendre ce que chaque animal ressent. »

Calme et régularité : les bienfaits de la routine

« Gérer correctement une exploitation laitière est une activité plutôt routinière, » déclare M. Peetz en souriant. « Chaque jour de l’année, généralement aux mêmes heures, faire la même chose que les jours précédents. Mais n’oublions jamais que c'est cela que les vaches apprécient. Elles détestent les changements. »

Selon M. Peetz, la clé d'une traite réussie réside dans la prévisibilité, la régularité et le calme. « Plus les circonstances et les conditions sont reconnaissables et prévisibles, plus les vaches se sentent confiantes. Pour nous, les humains, les tâches répétitives nous lassent vite, mais pour une vache, c'est la condition sine qua non pour donner le meilleur d'elle-même – et c'est justement là que nos robots excellent. »

Deux zones d’accumulation du lait : 20 % et 80 %

« Beaucoup de gens pensent que dans le cycle d'une traite, le prétraitement se résume par le lavage que l’on peut éventuellement écourter pour économiser du temps, » explique M. Peetz. « Mais il ne faut surtout pas oublier les nombreuses réactions biologiques. La mamelle d'une vache comprend deux zones d’accumulation du lait, dont une fraction de 20 % env. se trouve dans les citernes du trayon, et l’autre de 80 % dans les alvéoles sécrétrices. Pour extraire le contenu des alvéoles, il faut que la vache soit stimulée. »

Dans une situation naturelle, les coups de tête du veau contre la mamelle stimule la lactation. Ces coups de tête stimulent la sécrétion d’oxytocine, l’hormone qui favorise l’éjection du lait. « Avec un robot, ce sont les brosses qui stimulent cette sécrétion, » explique M. Peetz. « Le prétraitement n'est donc pas un simple lavage-essuyage : c'est le déclencheur biologique de la lactation. La douceur et le confort jouent ici un rôle décisif : une sensation agréable et constante générée par une pulsation et un vide adaptés permettent à la vache de se détendre, d'apprécier la stimulation et de libérer plus facilement le lait. »

Ces fractions de 20/80 % de lait ne sont pas une constance et diffèrent selon les vaches et la fréquence de traite. « Une vache traitée à nouveau au bout de six heures peut parfois n'avoir plus que 5 % de lait dans les citernes et 95 % dans les alvéoles, » explique M. Peetz. « C'est pourquoi une bonne adaptation de la fréquence de traite et du prétraitement pour chaque vache est cruciale pour la régularité de la courbe de production laitière. »

Prétraitement et montée de lait : 60–90 secondes

La stimulation sensorielle de la lactation est une approche individuelle : certaines vaches sont plus réactives que d’autres. Dans une installation de traite robotisée, cela se fait par le brossage des trayons, pendant lequel la durée, le confort, la souplesse et la régularité du mouvement sont essentiels.

« Une stimulation constante et régulière favorise le stimulus perçu par l’animal, » explique M. Peetz. « Mais ce processus exige du temps. Il s'écoule en moyenne entre 60 et 90 secondes entre le stimulus et l’éjection du lait. Si vous tentez de gagner du temps en raccourcissant la phase préliminaire vous serez confrontez à des problèmes tels que la bimodalité. »

Bimodalité : un retard dans la descente du lait

Tout éleveur connaît ce phénomène : un retard, un temps d'arrêt, voire une absence d’écoulement du lait. Dans les données, cela se traduit par le pourcentage de bimodalité.

« Chaque vache est unique et réagit différemment d'une autre, » précise M. Peetz. « Une vache pourra avoir un écoulement de lait immédiat, tandis que d'autres auront besoin de plus de temps et de confort. C'est précisément à travers ces différences que la courbe de production laitière montre l’importance de l'attention individuelle. »

Une telle interruption peut sembler anodine, mais ses conséquences sont évidentes. La durée totale de la traite augmente et les trayons sont soumis à une pression accrue ce qui peut avoir un impact sur les résultats globaux de l’exploitation. Plus important encore : la bimodalité augmente le risque d’un ralentissement, voire d’un arrêt de l’écoulement du lait avant que la mamelle ne soit complètement vide. Cela peut entraîner une traite incomplète ainsi qu'une augmentation de la pression de vide autour de l'embout trayeur, ce que la vache ressent immédiatement, avec pour résultat un confort moindre et des douleurs au niveau du trayon.

Ce phénomène touche particulièrement les vaches qui se rendent plus souvent au robot de traite et dont les mamelles sont moins remplies au début de la traite. « Il est donc essentiel de bien observer ces animaux et de mettre en place pour chacun d'entre eux un prétraitement adapté, cohérent, suffisamment long et agréable, » explique M. Peetz.

La pratique prouve que cela fait toute la différence : chez 4 800 éleveurs, une réduction de 40 % de la bimodalité a été constatée en l'espace de quatre semaines grâce à un réglage optimal de la durée de brossage pour chaque vache. Résultat : des courbes de traite plus régulières, un temps de traite réduit et un plus grand confort pour la vache.

Peetz ajoute : « Prenons les données pour fonder nos décisions, car la courbe de production laitière de la vache indique ce dont celle-ci a besoin. »

Gestion intelligente de la fréquence de traite

« L’important n’est pas tant la fréquence des traites, mais la qualité et l’exhaustivité de celles-ci – chaque jour pour chaque vache, chaque traite et chaque quartier. » souligne M. Peetz.

Cela peut sembler paradoxal, mais traire moins souvent peut favoriser le calme chez la vache et son rendement en lait. « Les études nous permettent de mieux comprendre la durée nécessaire à la sécrétion laitière d'une mamelle et de déterminer le moment favorable à la traite. Ces deux facteurs varient d'une vache à l'autre et d'une traite à l'autre. L'idée selon laquelle les vaches doivent se rendre au robot de traite aussi souvent que possible est remise en question. La gestion intelligente de la fréquence de traite favorise le calme dans l'étable. Elle permet également l’adaptation de la traite au rythme des animaux. Les vaches les moins dominantes ou les génisses peuvent accéder plus librement au robot de traite et leurs trayons ont plus de temps pour se remettre en forme. Cela a un effet bénéfique sur la courbe de production laitière, la santé animale et la qualité du lait. »

Pose toute en précision : à l’écoute de l’animal

Peetz : « Pour bien finir, il faut avoir bien commencé. » Après le prétraitement vient la pose des manchons – et là encore, il faut se souvenir que chaque vache est différente. « La physionomie et la position des trayons varient d’une vache à l’autre, voire d’une traite à l’autre. La mise en place des manchons exige donc du calme et de la précision. »

La pose du manchons est une étape déterminante pour le bien-être de la vache, la fluidité de la traite et la santé du trayon. Un mauvais positionnement du manchon fait perdre du temps à l’opérateur, peut être douloureux pour la vache et perturbera la courbe de production laitière.

Notre système de détection des trayons TDS2+ simplifie cette opération et prévient les risques. Cette nouvelle technologie de branchement sur les trayons combine une mise au point laser et une large vue grâce à la caméra. Ce système garantit calme et confort pour la vache dès le début de chaque traite.

En outre, des données telles que le vide, la pulsation, les tentatives de branchements et le débit de lait sont enregistrées en temps réel au niveau du quartier. Ces données sont collectées dans le logiciel Horizon. L’optimiseur de prétraitement (Pre Treatment Optimizer - PTO) permet d’ajuster automatiquement les paramètres par quartier. La base de données du robot de traite mémorise les informations collectées au cours de chaque traite et adapte automatiquement chaque opération pour offrir à chacune des vaches le traitement qu’elle apprécie le plus.

L’important, c’est la forme : la taille de manchon adéquate

« Le corps du manchon, également appelé « liner, » est le seul élément en contact direct et prolongé avec le trayon sensible de la vache, » souligne M. Peetz. « L’importance du corps de manchon est bien souvent sous-estimée. Un manchon trop serré, trop large ou d'une longueur non adaptée peut causer du stress, une gêne et perturber le flux de lait. Le matériau du manchon - caoutchouc ou silicone - influe également sur le résultat. Un matériau inadapté peut provoquer des lésions aux trayons ou le stress chez la vache, qui sera craintive lors de la prochaine traite. »

« Il n'y a pas si longtemps encore, la taille du manchon était déterminée d’après les données obtenues auprès d’un échantillon d’une trentaine de vaches, » explique M. Peetz. « Cela n’était qu’une estimation générale, mais elle ne reflétait pas suffisamment le profil global du troupeau. Le nouveau système de détection des trayons à caméra TDS2+ permet une mesure plus précise de chaque vache et chaque trayon. L’éleveur dispose ainsi d’une recommandation précise sur la taille de manchon de trayon adaptée à chaque animal. Ce système garantit un plus grand confort à la vache et des données plus fiables à l’éleveur.

Une traite complète : chaque quartier compte

« Une traite complète est essentielle, » souligne M. Peetz. « Cela contribue au rendement laitier, favorise la santé des mamelles et offre à la vache une meilleure expérience de traite. Ni trop courte, ni trop longue, juste assez. »

Tous les quartiers de la mamelle ne produisent pas le même volume de lait. Certains quartiers sont plus productifs que d’autres et chaque quartier a son propre optimum. Les données collectées permettent au robot de traite de tenir compte avec précision de ces particularités. Il suit en temps réel le déroulement de la traite vache par vache et quartier par quartier. Dès qu'un quartier est vide, le robot déconnecte délicatement les gobelets de traite au moment opportun. Ce processus prévient toute traite trop longue et tout risque de traite incomplète.

Soins post-traite et bien-être

Une fois traitée, il faut que la vache quitte le robot avec un sensation de bien-être. « tout doit être correctement orchestré, » souligne M. Peetz. « Le prétraitement, la dépose des manchons au moment opportun, les soins post-traite déterminent l’expérience de la traite vécue par la vache, son confort et bien-être, et la stabilité, voire l’augmentation du rendement laitier. »

La pulvérisation et la désinfection finales préviennent les infections et protègent les trayons de manière hygiénique. La vache quitte ensuite calmement et sans stress le robot par le passage de sortie spacieux.

« Une vache qui sort détendue du robot de traite, n’appréhendera pas la traite suivante. Confort, calme, bien-être et confiance sont prépondérants pour chaque moment de traite. »

Décodage grâce aux données

Quel éleveur ne souhaiterait-il pas pouvoir identifier immédiatement et simplement les besoins précis d'une vache sans se soucier du reste ? C’est exactement ce que permettent la collecte et l’analyse de données.

« Les données sont notre guide, » selon M. Peetz. « Elles nous permettent d'identifier le début d’une bimodalité chez une vache, l’instant de perturbation de la courbe de traite ou la menace éventuelle de traites incomplètes. Des facteurs tels que la santé des mamelles, l’activité de rumination, le comportement au déplacement, la température et les périodes de chaleur sont également déterminés. Les données nous décodent tous les messages que la vache nous transmet. »

Toutefois, nous devons les exploiter pour les valoriser. « Des paramètres moyens ne nous donneront que des résultats moyens, » souligne M. Peetz. « La précision est cruciale : si un paramètre est légèrement trop élevé ou trop bas, l’effet positif potentiel ne sera pas entièrement exploité. Si vous visez une cible et que vous la ratez, vous n’obtenez aucun point. »

La robotisation et les données permettent de faire toute cette différence : des faits plutôt que des suppositions, afin que l’éleveur puisse tirer le meilleur parti de chaque vache et de l’ensemble du troupeau.

De la biologie à l’élevage durable

Pour M. Peetz, la traite robotisée se résume en fin de compte à une question fondamentale : comment obtenir de celle-ci les meilleures performances possibles et préserver le plus longtemps possible la santé optimale du troupeau ?

« Le robot suit, détecte et enregistre les réactions de chaque vache, » explique-t-il. « Cela nous ramène toujours à l'individu – mais aujourd’hui nous pouvons nous baser sur la précision et l'efficacité nouvellement disponibles. »

Tout commence très tôt en amont : un veau en bonne santé issu d’une mère en pleine forme, un bon élevage et une première expérience positive vécue dans le robot de traite par les génisses. « Nous ne pouvons poser correctement cette base qu’une seule fois, » souligne M. Peetz.

La vache nous donne son lait – nous ne pouvons l’y contraindre. Nous devons donc veiller à son bien-être et sa santé afin qu’elle accepte de le faire pendant de nombreuses années. La synergie entre l’homme, la technologie et la vache – où se rejoignent routine, données et soins individuels – est la clé de tout cela.

« Quand on repense à nos débuts, » sourit M. Peetz.  « Et que nous regardons où nous en sommes aujourd’hui… sans avoir la moindre idée des évolutions futures. »

Comme dit en anglais : « A complete milking for every quarter of every cow in every Astronaut – every time. »
Une traite complète, de chaque quartier, de chaque vache, dans chaque robot Astronaut – à chaque fois et pour toujours.

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